
Un extrait de chaque chapitre tous les mois... Pour mai, voilà, in extremis, celui du troisième chapitre intitulé "03. j’assume mon orientation sexuelle".
"Parfois, un déclencheur peut permettre de briser des barrières plus
rapidement. C’est ce qu’a vécu Isabelle il y a quelques années : « J’avais
sympathisé avec une femme d’une trentaine d’année à la piscine. On se voyait
toutes les semaines. Pour moi, c’était évident qu’elle était lesbienne et
j’avais envie de partager ce qu’on avait en commun. Je lançais sans cesse des
perches sur les filles qui nous entouraient. Elle ne les relevait jamais. Je me
sentais mise à l’écart. Un jour, alors que nous nagions sur des lignes
différentes, je lui ai lancé : “ si tu ne veux pas changer de bord, au moins,
change de ligne ! ” Ça a déclenché la discussion ! J’en ai profité pour lui
faire mon coming-out. C'est alors qu’elle m’a rejetée hyper fort. Elle n’a plus
voulu me parler pendant des semaines. Elle est finalement revenue me faire une
déclaration d’amour. J’étais sans voix. J’ai compris qu’elle ne savait pas
qu’elle était homo. Je l’avais en quelque sorte révélée à elle-même. Comme je
ne souhaitais pas
sortir avec elle, j’ai coupé court en mettant de la distance entre nous.
Six mois plus tard, je l’ai croisée main dans la main avec une fille.
»
Cette histoire est un cas typique d’homophobie intériorisée. Lorsque le désir de la fille de la piscine perçait ses barrières intérieures et qu’elle en devenait consciente, il devait lui paraître sale, pervers et anormal. Incapable de l’exprimer, elle préférait alors le taire et le repousser au plus profond. Aussi quand Isabelle, la reconnaissant comme lesbienne, a voulu partager avec elle ce point commun, elle a été rejetée. La fille de la piscine a peut être aussi pensé qu’Isabelle la draguait en lui faisant son coming-out, d’où sa réaction de rejet. Ce rejet a d’ailleurs été d’une grande violence pour Isabelle confrontée pour la première fois à une manifestation d’homophobie intériorisée. Finalement, toutes les deux ont appris de cette expérience, l’une sur son désir profond et l’autre sur la puissance des interdits intériorisés.
(...)
Les hétérosexuels sont bien entendu concernés par cette homophobie. Il n’est pas rare qu’une fille comme Alice s’entende dire « je ne te voyais pas du tout homo » ou « je te verrais trop bien avec un mec ». De prime abord, cela paraît plutôt sympathique, mais cela suppose qu’il y a un type de lesbienne et qu’une jolie fille devrait être avec un garçon. Cela signifie aussi que les autres présupposent qu’Alice est hétérosexuelle. Dans un monde idéal, personne ne devrait présumer de l’orientation sexuelle des autres. Alice dit souvent : « Le jour où on me demandera si je suis avec quelqu’un plutôt que si j’ai un petit copain, alors nous aurons avancé. » C’est rarement ce qui se passe aujourd’hui.
Une façon d’envisager les choses est de considérer que nous jouons tous des rôles dans notre vie, mais que cela ne nous empêche pas de garder une identité constante. Si vous êtes plutôt féminine, vous serez considérée comme hétérosexuelle, et c’est toujours un peu difficile de faire son coming-out à chaque fois, quand bien même vous assumez tout à fait votre orientation sexuelle. Autant réagir en fonction des circonstances sans culpabiliser si vous ne démentez pas systématiquement les suppositions. Parfois, mieux vaut s’abstenir. Parfois, mieux vaut attendre que les autres vous connaissent un peu plus. Vous êtes la plus à même de juger de la situation."
La suite à lire dans Les Filles ont la peau douce, disponibles dans TOUTES les libraires gays est lesbiennes de France (ok, juste les trois de France, mais bon, c'est déjà ça), chez lez girls de Tours, à l'Alcôve à Nantes, chez Ménage à trois à Montréal et sur mon blog via priceminister... Je cherche toujours des librairies pour le distribuer...




