Journée contre l'homophobie
Par Axelle Stéphane le dimanche 17 mai 2009, 14:11 - Bonus - Lien permanent
Source : Kazu Kibuishi
Dimanche dernier, Djou a bombardé son mail sur la journée contre
l'homophobie et la transphobie à des millions dizaines de
blogueur-se-s. Elle nous invitait à créer "une grande fresque
d'auteurs unis pour rompre avec les tabous, les idées reçues, le laxisme face
aux discriminations, ce putain de silence malsain qui tombe sur nos vies comme
un linceul."
Alors j'ai écrit un petit texte, une histoire qui fait du bien, une naissance
librement inspirée de mon guide, Les Filles ont la peau douce.
Et d'autres ont fait des dessins. La liste est là,
Bonne lecture !
Ce parfum d’asphodèles
Hier, j’ai menti…
Je m’appelle Nadia et je prépare le bac, enfin c’est ce que pensent mes parents, toujours à me marteler que c’est en travaillant à l’école que je m’élèverai socialement. Réussir le bac, faire Sciences Po, devenir fonctionnaire, c’est leur rêve, celui de ma mère surtout, elle qui m’imagine mariée à un docteur avec deux beaux enfants. Elle ne voit pas la belle cage dorée vers laquelle elle me dirige à force de conseils et de jugements.
Je veux voler de mes propres ailes, m’envoler comme la musique qui s’échappe de mes doigts, loin de la grisaille de ma banlieue, de la horde de jeunes assoiffés de reconnaissance et prêts à te ridiculiser pour se sentir plus vivants. Je veux vivre mes passions et rencontrer la fille de mes rêves, celles qui rira avec moi quand je ferai mes petits pas de danse ridicules, celle qui m’accompagnera sur les sentiers du plaisir, celle dont la main sera chaude comme le soleil d’été… Une fille qui sera femme à mes lèvres, avides d’elle, jamais rassasiées. Elle aura comme un parfum d’asphodèles qui me fera respirer l’amour des femmes.
Hier donc, j’ai menti…
Au lieu de réviser le bac chez une copine, je suis allée pour la première fois dans le Marais à Paris. Comme j’ai l’habitude de sortir seule au ciné, je me suis lancée. J’avais l’impression de rêver. Mon regard s’arrêtait sur les filles qui s’embrassaient. Je les trouvais toutes séduisantes. Cette sensualité libre et aérienne m’a submergée. Je n’avais pas d’idée très claire ce que j’allais trouver. Je m’imaginais un peu le milieu comme une terre promise avec des nymphes alanguies n’attendant que moi...
Une fois sur place, je me suis aperçue que le milieu, c’est comme la vie : je voyais des filles qui semblaient bien dans leurs baskets, d’autres moins ; des filles aux cheveux longs, d’autres aux cheveux courts et au look incroyable. Toutes semblaient à leur place, avec des filles qui aiment des filles. Quelques garçons barbotaient ici et là, des corps étrangers, des poissons hors de l’eau que j’aurais voulu voir retourner dans leur bocal. Cette mer est à moi. J’avais envie de le leur crier, à eux qui ne faisaient que représenter ceux qui ne m’attiraient pas et avaient ri de mon look de garçon manqué et de mon refus de me livrer à leur regard dans des habits mal taillés et contraignants pour mon corps.
Je les ai oubliés quand mon regard a croisé celui de la fille au baby-foot. Elle criait d’excitation après avoir marqué un but. En relevant la tête, ses yeux joyeux ont rencontré les miens. Fugace moment. Intense coup de chaud. En discutant avec une fille sur le chat Gayvox, j’avais appris que les filles sont capables de passer des heures, des jours et même des mois à fantasmer sur une fille sans oser lui parler alors qu’un mec foncera plus facilement. Il se fera souvent jeter mais, au moins, il aura tenté sa chance.
Décidée à faire mentir cette affirmation, je m’approchais du terrain de jeux, me faufilant entre les filles, évitant de justesse la serveuse et son plateau. Rien ne pouvait me faire dévier de ma route quand soudain, j’entends mon prénom. Hélène, la première de la classe. Adossée au bar avec des copines, elle me sourit. Elle est transformée, sans ses lunettes et ses jupes droites. Interloquée, je vacille un peu. Mon regard se brouille. J’ai l’impression que je vais faire un malaise. C’est alors qu’Hélène me prend doucement par le bras et me conduit près de ses amies. Elle me présente avec entrain : « les filles, c’est Nadia, la fille de ma classe dont je vous avais parlé ». Ah, elle leur avait parlé de moi ? Je saisis une bière et boit goulument. J’essaye de répondre à leurs questions. Je me fais répéter leurs prénoms deux ou trois fois. On verra plus tard pour la fille au baby-foot.
Fin
PS : c'est grâce aux militant-e-s que des lieux comme le Marais existent, que des bars pour les lesbiennes ouvrent leurs portes, qu'on peut prendre la main de sa copine dans la rue et l'embrasser... Alors déjà merci à toutes celles et ceux qui se battent pour tou-te-s et n'oublions pas que la lutte contre l'homophobie, c'est toute l'année et c'est bien plus vaste, c'est la lutte contre l'HETEROPATRIARCAT, une lutte de toutes les minorités contre la domination masculine ! Encore une fois, pour celles qui ne sont pas familières avec cette idée, mes petits conseils de lecture : mon guide bien sûr (faut l'acheter) mais pour la théorie, surtout Christine Delphy, Monique Wittig, Guillaume Carnino, Colette Guillaumin, Elsa Dorlin, etc.
PPS : pour les parisien-ne-s, dans le cadre de cette semaine placée sous le signe de la lutte, un débat qui s'annonce passionnant. J'y serai !
"Le désir a-t-il un genre ?".


Commentaires
Bonsoir,
Je vous écris ici d'abord pour vous remercier. Vous remercier de nous offrir un peu de visibilité, et vous remercier d'avoir écrit le livre que j'aurais voulu pouvoir lire il y a deux ans. J'ai fait sans, mais je pense qu'il est nécessaire et je suis particulièrement heureuse que quelqu'un l'ait écrit. Je le répète, mais du fond du coeur, merci.
Ensuite, il y a deux choses dont j'aimerais parler, pour que cela se sache et parce que je ne sais pas exactement où ailleurs me faire entendre:
Premièrement, nous sommes trois à avoir écrit des articles pour dimanche sur nos blogs, hébergés par skyrock, et nos trois articles sont systématiquement effacés par les modérateurs sans explication aucune. Ils ne contiennent ni injures ni images choquantes, mais simplement quelques lignes sur l'homophobie et un lien vers l'article de Djou. J'aimerais savoir si nous sommes les seules dans ce cas-là ou non, et également s'il est possible de faire pression sur skyrock afin qu'ils arrêtent de supprimer des articles simplement parce qu'ils défendent un point de vue qui ne leur plaît pas
Deuxièmement, j'habite en Suisse, et hier une section du parti d'extrême-droite UDC (qui détient tout de même 2 sigèes sur 7 dans notre gouvernement) a publié ce texte http://www.udc-valais.ch/?p=854#mor... ,Légalement, en Suisse, il n'existe aucun disposition qui ne le fasse condamner, mais j'entends écrire dès demain à tous les journaux accessibles afin de protester contre l'impunité qui couvre de tels propos, et j'aimerais trouver un maximum de moyens de faire du bruit, car je trouve inacceptable qu'un parti politique aussi influent chez nous que les socialistes en France laisse dire de pareilles choses, en déclarant qu'elles"ne contiennent pas d'injures". S'il y a un quelconque moyen par le biais duquel je puisse me battre contre leurs connerie, je suis preneuse!
Merci de votre attention
Yolaine
Bonjour Yolaine, alors le mieux je pense, c'est de contacter SOS Homophobie (http://www.sos-homophobie.org/). Je vais t'envoyer un mail avec aussi quelques autres infos.
Courage
Coucou Axelle ^^
Ayant grandi à la campagne
avec ma conscience de ma bissexualité, je n'ai pas connu d'épisode aussi sympa
et ai fait mon coming out auprès de mes copines comme une grandes... Dur dur
^^"
Oh merci pour ce texte vraiment très touchant
Merci aussi d'avoir parler de l'asphodèle dont la description wikipédia que j'ai lu par la suite m'a semblée on ne peut plus érotique :D (Le feuillage des asphodèles se présente sous la forme d'une rosette de feuilles radicales, étroites et linéaires, à extrémité pointue. De cette rosette émerge une tige nue portant une hampe florale plus ou moins ramifiée selon les espèces. Les fleurs sont groupées en grappes fleurissant du bas vers le haut (on trouve sur la même grappe les fruits en bas, les fleurs épanouies au centre et les « boutons » en haut). Elles sont formées de six tépales (trois sépales et trois pétales ayant la même forme et la même couleur). Elles sont en général blanches, chaque pétale portant une strie centrale rose ou brune. Les six longues étamines, à filet blanc, portent des anthères orange ou brunes. Les fruits sont des capsules rondes, vertes ou brun-orange, ressemblant à des petites cerises. La racine, tubéreuse, est comestible.)
Merci merci merci
Ps: et merci pour la dédicace à l'improviste à L'eau à la bouche, j'étais très heureuse de te rencontrer
Hasard du net, j'atterris ici où les mots ont un sens ou le retrouvent, sonnent juste, clair.
Merci pour la qualité de ce texte, sur un sujet particulièrement (et à tort) porté à la polémique.